Chaque semaine, nous interviewons un expert-comptable et/ou commissaire aux comptes sur une question d'actualité. Joseph Zorgniotti livre ses impressions alors que se termine aujourd'hui son mandat de président de CSOEC.
Votre mandat de président du conseil supérieur se termine aujourd'hui. Que retenez-vous de ces deux années ?
J'ai enfin retrouvé une profession comptable audacieuse. Cela s'est manifesté à plusieurs reprises : en obtenant le rétablissement de l'exemption de déclaration de soupçon dans le cadre de nos consultations juridiques, en bâtissant la paix avec les avocats ou encore en restaurant des relations de confiance avec les OGA. C'est important car c'est en osant qu'on montre notre légitimité. Je me suis battu pour une profession citoyenne, debout et respectée. Cette dynamique nous a permis de faire aboutir 32 mesures en 24 mois.
Je suis également frappé par la capacité qu'a la profession à être unie. Nous sommes parvenus à faire taire nos divisions pour avancer avec d'autres professions réglementées que sont celles d'avocats et de notaires. C'est cette force de rassemblement qui doit nous guider dans nos échanges avec la Compagnie nationale des commissaires aux comptes.
Et à titre personnel, qu'avez-vous appris ?
L'équipe que j'ai animée, qu'il s'agisse des élus nationaux et régionaux, comme de l'ensemble des 19000 professionnels, m'a fait avancer. Il faut écouter, apprendre, obtenir un consensus, guider les équipes et savoir faire preuve d'humilité. Il faut disposer de convictions mais non de certitudes. Parfois, on n'avance pas comme prévu mais je crois, pour filer la métaphore, qu'il est préférable pour gagner la guerre, de privilégier l'adhésion de l'ensemble des troupes au gain d'une bataille.
J'ai aussi apprécié les relations avec les pouvoirs publics, y compris avec les représentants de la place Vendôme que j'ai découverts, ainsi qu'avec les parlementaires. D'ailleurs, nous travaillons en ce moment sur les mesures de simplifications.
Quelles sont vos propositions en matière de simplification ?
Nous en avons fait plusieurs que ce soit dans les domaines comptable, fiscal, social et du développement des entreprises. Parmi celles-ci, nous proposons de regrouper l'ensemble des déclarations sociales sur un seul formulaire qui pourrait être la DADS. On pourrait aussi regrouper en une déclaration fiscale unique à la fois la déclaration annuelle des résultats, les obligations déclaratives en matière de CVAE et la déclaration annuelle de TVA. Enfin nous proposons de calculer les cotisations au RSI pour sortir des dysfonctionnements.
Votre profession est-elle optimiste pour son avenir ?
Notre profession traverse des zones d'inquiétude. Bruxelles en est une, que ce soit pour l'exercice contractuel ou légal suite au livre vert. Bruxelles a tendance à percevoir nos inteventions comme un centre de coût. Alors pourtant que des comptes bien établis et certifiés représentent un gage de sécurité. De plus, la comptabilité n'est pas seulement un but, c'est aussi un outil de gestion, un moyen de piloter l'entreprise comme il faut.
Quoiqu'il en soit, je crois que nous devons accentuer l'aspect accompagnement de nos clients dans leur gestion et notre présence à leur coté chez le banquier.
C'est une belle profession même si elle doit encore améliorer son attractivité. Il faut continuer à la faire avancer dans l'union que ce soit avec les OGA, la CNCC, ou les diplômés d'expertise-comptable qui travaillent en entreprise. Les anglo-saxons sont bien plus forts que nous grâce au lien avec les diplômés qui travaillent en entreprise.
Nous ne sommes qu'à mi-parcours du mandat de 4 ans. Je serai, durant les deux années qui viennent, aux côtés d'Agnès Bricard. Je suis très fier que la fonction de capitaine du conseil supérieur se décline enfin au féminin. C'est un facteur de progrès et de performance.
Avez-vous été surpris par quelque chose lors de ces deux années ?
Je n'ai pas été surpris mais interpellé par le besoin de la profession d'être rassurée et d'obtenir des explications. Elle doit s'approprier les outils créés par les nouvelles lois qui concernent notre activité. Et ce besoin est plus important aujourd'hui qu'hier. Car la profession a très longtemps vécu dans un cocon, qui l'a sécurisé, celui de la prérogative d'exercice. D'autres possibilités sont désormais ouvertes, et elles correspondent à ce qu'attend le marché. Il faut que nous apprenions à raisonner différemment pour mieux servir nos clients. Nous ne sommes légitimes que si nous sommes utiles.